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vendredi 1 juin 2007

Lois antitrust : Google dans la ligne de mire de la FTC

Il y a un peu plus d’un mois, nous avions fait état des critiques de Microsoft adressées à Google suite au rachat par cette dernière société de DoubleClick, régie publicitaire de l’internet, pour 3.1 milliards de dollars. En effet, Bradford Smith, directeur juridique de Microsoft avait lancé un appel à la Federal Trade Commission (FTC) pour qu’elle examine la régularité de cette fusion au regard des lois antitrust...
Mardi dernier, les dirigeants de Google ont annoncé le lancement d’un tel contrôle par la FTC. Cette dernière a, semble-t-il, adressé une liste de questions aux dirigeants du moteur de recherche concernant l’impact de sa fusion avec DoubleClick. Selon la plupart des observateurs, ces questions de la FTC ne présagent pas nécessairement d’une remise en question du rachat de la régie publicitaire. Toutefois, la décision de la FTC sera grandement influencée par deux risques majeurs que peut entraîner cette fusion. Premièrement, au regard de la concurrence, la fusion entre les données collectées par les deux sociétés aboutira à la création de la base la plus performante relative aux habitudes des consommateurs. Dès lors, en plus d’une barrière à l’entrée des nouveaux acteurs sur le marché publicitaire, Google risque de réduire en miette ses quelques concurrents. Deuxièmement, le croisement des données collectées par les deux sociétés sur le comportement et le profil des internautes peut s’avérer dangereux en terme de protection de la vie privée. D’ailleurs, dans un autre domaine, l’Union européenne a, très récemment, débuté une enquête afin d’évaluer la compatibilité des pratiques de Google au regard des lois européennes sur la protection des données personnelles.
Au final, il est bien difficile de prévoir l’issue de l’enquête menée par la FTC sur le rapprochement entre Google et DoubleClick. Néanmoins, les concurrents de Google sur le marché publicitaire en ligne ne semblent pas aussi désarmées qu’ils souhaiteraient le faire croire. Ainsi, Yahoo ! a annoncé ses intentions d’acquisition de Right Media, société spécialisée dans la publicité en ligne, pour un montant de 680 millions de dollars. Quant à Microsoft, ses dirigeants seraient en train de négocier le rachat de aQuantive, régie publicitaire en ligne, pour 6 milliards de dollars... Dès lors, si la question de la vie privée s’avère pertinente concernant le deal avec DoubleClick, il ne semble pas vraiment crédible d’accuser le moteur de recherche californien d’abus de position dominante, ses concurrents ayant l’air d’avoir encore des ressources pour faire face à l’impérialisme de Larry Page et de Sergey Brin... Entre coups bas et mauvaise foi, la FTC aura à faire la part des choses !

mercredi 18 avril 2007

Microsoft dénonce une violation des lois antitrust par Google et DoubleClick !

Jamais l’expression « se moquer du monde » n’a eu autant de signification ! Suite à l’annonce – très médiatisée –, vendredi dernier, du rachat de DoubleClick, géant de la publicité sur internet, par Google, des voix se sont élevées face à cette fusion. Au premier rang de celles-ci se trouve Microsoft qui convoitait depuis de longue date DoubleClick pour enfin peser face à Google en matière de publicité ciblée. En effet, cette régie publicitaire est un acteur prépondérant au sein des régies publicitaires qui embauche plus de 1000 salariés dans 17 pays au monde. Ainsi, ce pieds de nez de Google qui a effectué la plus haute transaction de son histoire avec 3,1 milliards de dollars déboursés, est difficile à digérer pour la firme de Redmond. Après une telle défaite sur le terrain des affaires, Microsoft n’avait plus qu’une solution : se lancer sur le terrain judiciaire.
Bradford Smith, directeur juridique de Microsoft, a lancé un appel à la Federal Trade Commission (FTC) et au « Department of Justice » afin qu’ils interviennent dans ce deal. Selon lui, « Ce projet d’acquisition risque d’être extrêmement problématique au regard des lois sur la concurrence et de celles relatives à la vie privée en ce que le duo formé par Google et DoubleClick mène à un contrôle sans précédent de la publicité en ligne et à une concentration gigantesque de données relatives aux habitudes des consommateurs sur internet ». Pour sa part, Eric Schmidt, PDG de Google a démenti ces propos en ces termes : « Nous avons beaucoup étudié la question et cette plainte n’est absolument pas fondée ». Suite à cette déclaration, AT&T, géant américain des télécoms, s’est rallié à la cause de Microsoft. James Cicconi, son vice-président, a déclaré qu’« il est souhaitable que les autorités de régulation et de contrôle des concentrations se penchent sérieusement sur cet accord et sur ses implications ».
Il est particulièrement agaçant de voir AT&T, qui a bénéficié d’un monopole sur les télécommunications américaines pendant plus d’un demi siècle, et Microsoft, une des sociétés les plus poursuivies sur le fondement des lois antitrust, s’inquiéter du degré de concurrence sur le marché de la publicité en ligne. Mais les affaires sont les affaires et mieux vaut le ridicule que d’abandonner la lutte pour l’un des marchés les plus porteurs de la nouvelle économie. D’ailleurs, les dirigeants de Google ont eux aussi, il y a peu, attaqué Microsoft sur ce terrain là. En effet, l’année dernière, ils se sont plaints que le navigateur Internet Explorer proposait aux internautes le moteur de recherche MSN Live Search par défaut. Toutefois, les instances chargées du contrôle de la concurrence ont rejeté cette plainte.
Dans cette nouvelle affaire, la FTC ou le Department of Justice – qui partagent des compétences complémentaires en matière de lutte contre les concentrations – devront déterminer le marché exact sur lequel Google et DoubleClick évoluent. Pour Andrew I. Gavil, professeur à l’Université de Howard située à Washington, il est très probable que l’examen de la question démontre que les deux sociétés ne sont pas sur un marché identique mais sur des marchés complémentaires. Dès lors, tout le problème sera de mesurer le degré de difficulté dans la pénétration de ces marchés par un nouvel entrant. Au sein de Google, David Drummond, vice-président du développement chez Google, se dit confiant dans une approbation rapide des autorités de régulation de la concurrence.
Au final, cette affaire décrédibilise une nouvelle fois Microsoft qui se place en protecteur de l’ordre public et du respect des lois depuis que Google lui fait de l’ombre. Le mois dernier, ce fut sur le terrain du respect des droits d’auteur que la firme de Seattle a critiqué le moteur de recherche. Toutes ces entreprises de déstabilisations juridiques sont sans doute révélatrices d’une crainte de plus en plus profonde face à l’ascension de Google. Pourtant, Microsoft doit reconnaître un bienfait de cette hégémonie : il semble que Google lui a subtilisé la place d’ennemi juridique n°1...